La HAS refuse l’accès précoce au Kisunla (donanemab)

Sans surprise, la HAS refuse l’accès précoce au Kisunla (donanemab)

La Haute Autorité de Santé (HAS) a rendu un avis défavorable concernant l’accès précoce au Kisunla (donanemab).

La Haute Autorité de Santé (HAS) a rendu, le 20 mars 2026, un avis défavorable concernant l’accès précoce au Kisunla (donanemab) pour les patients atteints de la maladie d’Alzheimer à un stade symptomatique précoce, avec une pathologie amyloïde confirmée, qu’ils soient hétérozygotes ou non-porteurs de l’allèle ε4 du gène de l’apolipoprotéine E (ApoE ε4).

La Commission de la Transparence (CT) s’inscrit dans la continuité de sa position antérieure concernant le lecanemab, en reprenant des arguments similaires. Elle estime que le donanemab n’est pas un traitement innovant, car il ne constitue pas une avancée substantielle en termes d’efficacité ou de qualité de vie. Selon elle, l’efficacité du donanemab, bien que démontrée versus placebo, reste modeste et cliniquement non pertinente. De même, comme pour le lecanemab, la CT estime qu’aucune corrélation claire n’a été établie entre la réduction de la charge amyloïde observée à l’imagerie (TEP) et l’évolution clinique cognitive et fonctionnelle. Enfin, elle juge que le profil de tolérance est préoccupant, imposant une modification radicale du parcours des soins, dont la faisabilité est problématique dans l’organisation sanitaire actuelle.

Il existe pourtant des différences notables par rapport au lecanemab concernant :

  • La cible thérapeutique : le donanemab a une forte affinité pour une forme modifiée de la protéine bêta-amyloïde très présente dans les plaques amyloïdes cérébrales.
  • Le mode d’administration : IV toutes les 4 semaines (au lieu de toutes les 2 semaines).
  • L’arrêt prévu du traitement : le traitement doit être maintenu jusqu’à ce que les plaques amyloïdes soient éliminées. La durée maximale de traitement est de 18 mois. Chez les patients évoluant vers une maladie d’Alzheimer à un stade modéré, l’arrêt du traitement doit être envisagé avant la fin de la période maximale de 18 mois.
  • L’amélioration de la tolérance avec réduction des ARIA, notamment graves et symptomatiques, selon les résultats de l’étude de phase IIIb (TRAILBLAZER‐ALZ 6), issus d’un schéma d’augmentation progressive de la dose au début du traitement.
    Il est regrettable que les résultats de tolérance de cette étude TRAILBLAZER‐ALZ 6, dont le nouveau schéma de doses correspondant à celui validé pour l’AMM européenne, n’aient pas été considérés par la CT.

Notons que pour rendre son avis, la CT a auditionné deux nouveaux experts externes, la Fondation Vaincre Alzheimer (FVA) et l’Union Nationale France Alzheimer et maladies apparentées (UNFA).

La FCM, la SF3PA et la SFGG prennent donc acte de cette argumentation et regrettent une réponse quasi similaire de l’avis donné sur le lecanemab alors que les rapports scientifiques transmis par la FCM à la HAS en octobre et décembre 2025 avaient pour vocation d’apporter un éclairage sur les questions de seuil minimal d’efficacité, de corrélation entre dépôts amyloïdes et signes cliniques, du nombre restreint de patients très sélectionnés et des capacités d’organisation du réseau sanitaire national.

Par ailleurs, l’arrivée de nouveaux traitements pour cette maladie est un enjeu sociétal avec la possibilité de proposer précocement une prise en charge coordonnée pour tous les patients à un stade précoce de la maladie d’Alzheimer et éviter le constat actuel d’une initiation trop tardive des soins à un stade associant souvent une participation de troubles psycho-comportementaux au 1er plan très consommateurs de soins. Cette situation représente alors une vraie perte de chance pour les patients et leurs familles avec des conséquences bien réelles sur toute la filière des maladies neurocognitives.

Pour information, le laboratoire a sollicité une demande d’inscription de KISUNLA (donanemab) sur la liste des spécialités agréées à l’usage des collectivités dans l’indication AMM concernée, dont l’évaluation est encore en cours par la CT.

Quel avenir pour les patients et la communauté médicale française ?

Dans ce contexte, il convient aussi de noter qu’une revue Cochrane très récemment publiée (avril 2026) sur les anticorps monoclonaux anti-amyloïde conclut globalement à des effets cliniques « faibles à nuls ». Ces résultats sont toutefois discutables, notamment du fait d’analyses regroupant des molécules hétérogènes avec des niveaux d’engagement de cible très différents, ce qui peut diluer l’effet observé pour les traitements les plus actifs. Cette approche a d’ailleurs été critiquée dans un éditorial/commentaire du Lancet (23 avril 2026), qui souligne que l’agrégation d’agents biologiquement peu actifs risque d’obscurcir l’interprétation des données et de masquer les signaux propres à certaines molécules.

Cette décision intervient alors que des données issues de la pratique en vie réelle tendent à montrer l’absence d’augmentation significative des effets indésirables, dans des populations moins sélectionnées et plus à risque d’ARIA que celles soumises à l’AMM européenne.

Par ailleurs, la FCM, la SF3PA et la SFGG estiment que cette décision pourrait créer une situation d’inégalité d’accès aux soins et à la prise en charge pour les patients, comparativement aux autres pays européens. Enfin, cette décision pourrait renforcer la mise à l’écart des centres français à une participation aux essais thérapeutiques, alors que la CT s’interroge déjà, lors de l’examen des études pivotales du lecanemab (3,3 % des patients randomisés étaient des citoyens français) et du donanemab (aucun centre français sélectionné), sur la prise en charge potentiellement différente entre les patients français et les patients inclus dans les études cliniques. Nous pouvons d’ores et déjà nous inquiéter de la possibilité à court terme de la France à prendre part aux futurs essais, notamment chez des sujets asymptomatiques à risque de développer une MA et dans le cadre de thérapies combinées comparativement à l’immunothérapie anti-amyloïde seule qui sera le traitement de référence.